Après une 1re semaine conclue en 2-1, Caliste fait le point avec Laure sur un début de saison qu’il juge encore imparfait. Il revient surtout sur les limites du BO1, la méta répétitive, l’intégration du nouveau staff, la communication avec deux nouveaux joueurs et les ajustements en cours avec Busio.
un début en dessous du niveau visé, et un format qui pose question
Dès le début de l’échange, Caliste replace la semaine dans ce qu’elle a de typique pour un lancement de saison. Il résume que « la première semaine de LEC, c’est toujours un peu le bordel, on va dire, pour toutes les équipes. Tu sais pas trop à quoi t’attendre ». Pour lui, ce flou est accentué par le fait que l’équipe doit encaisser plusieurs changements en même temps, puisqu’il rappelle que « de notre côté, on avait deux nouveaux joueurs, un nouveau coaching staff, donc fallait que tout le monde juste s’adapte à tout le monde et aussi en même temps que tout le monde s’adapte au stage ».
Sur le résultat brut, il valide l’idée d’un 2-1 dans la douleur et assume que le contenu n’a pas encore été à la hauteur de ce que l’équipe pense pouvoir produire. Il explique que « on a montré un niveau bien inférieur à ce qu’on est capable de faire » et ajoute que, dans sa lecture, « c’est normal » sur une reprise, puisqu’il ne s’attendait pas « à ce qu’on soit à 100 % sur la première semaine de retour ».
Le BO1 et la répétition de méta : une saison régulière qui tourne en boucle
Laure l’emmène rapidement sur le sujet du format, et Caliste ne cherche pas à l’enjoliver. Il répond frontalement que « le BO1, c’est pas dingue ». Il développe ensuite en expliquant qu’il y a « beaucoup trop de facteurs qui rentrent en jeu » et qu’« en tant que joueur pro tu préfères les BO3 et les BO5, c’est beaucoup mieux pour t’exprimer ». Dans la même continuité, il détaille ce qu’il juge incohérent dans la construction de la saison. Il explique que « ça fait pas de sens de faire un split en BO1 » et l’argumente notamment par la comparaison avec des formats précédents, en disant que « ils ont fait la Fearless l’année dernière, pourquoi faire des BO1 où du coup il y a pas de Fearless ». Il insiste sur la conséquence directe d’une saison régulière en BO1, en ajoutant que « durant toute ta saison régulière, tu vas avoir littéralement 100 fois la même draft en boucle ».
Pour illustrer, il cite ce qu’il a l’impression d’avoir déjà revu en série dès la 1re semaine, en expliquant qu’« il y a des matchups en boucle » et qu’on retombe sur des séquences de champions répétées. Même lorsqu’il note que certaines équipes tentent de varier, il y voit une limite structurelle du format. Il résume que « il y a des équipes qui s’amusent, qui sortent des Caitlyn Karma » mais reconnaît aussi que « ça passe pas forcément », ce qui ramène la question centrale qu’il pose lui-même, « quelle est la raison de s’amuser » si le résultat ne suit pas.
KCB sous-estimée, une agressivité assumée, et une utilité future pour travailler des situations
Au fil de l’interview, Laure revient sur la victoire contre Karmine Corp Blue et sur le fait que l’équipe a surpris une partie du public. Caliste confirme que, globalement, « ils sont sous-estimés » mais précise qu’il s’attendait à une équipe capable d’exister dès le début de saison. Il explique qu’il voyait KCB « forte en tout cas au début de saison » parce qu’ils ont, selon lui, bien compris leur situation, en disant que « personne les attend » et que l’étiquette “div 2” leur enlève une grande partie de la pression.
Dans sa description, ce cadre leur donne surtout un espace pour jouer sans frein. Il explique que « ils auront pas de pression, ils peuvent absolument ce qu’ils veulent » et insiste sur la liberté de tenter, en allant jusqu’à dire que « s’ils veulent faire 0-10 dans une game, ils peuvent faire 0-10 dans une game. Personne va rien dire ». Dans la foulée, il résume le résultat en termes d’identité de jeu, en expliquant que « ils jouent aussi agressif qu’ils veulent, ils jouent les matchups qu’ils veulent » et qu’ils cherchent aussi à « kiffer le moment, l’expérience ».
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Caliste relie ce constat à ce qu’il a déjà vu en scrims, en précisant qu’ils les ont affrontés « je crois qu’une fois » et que l’équipe a identifié une agressivité structurante, « ils jouent agressif donc ça va être une bonne équipe ». Plus loin, il accepte aussi l’idée que, maintenant que le match officiel est passé, il peut y avoir un intérêt “pratique” à travailler ensemble sur certains points sans que ce soit un échange d’informations stratégiques au sens large. Il explique qu’« en terme de pure utilité, il y a des trucs qui vont être intéressant », en évoquant des 2v2, 1v1, ou des matchups spécifiques à tester, et ajoute que si l’équipe n’obtient pas toujours « les top scrims qu’on veut », alors « on peut décider de scrim contre KCB ». Il corrige au passage un point logistique, en précisant que KCB n’est pas dans le même office, puisqu’« eux ils sont dans l’office de BIG » parce que « nous on a pas la place pour les avoir », tout en indiquant qu’ils viennent « de temps en temps ».
Deux joueurs coréens, staff renforcé, duo avec Busio : la structure change, et Caliste parle d’évolution individuelle
Laure le relance ensuite sur les deux joueurs coréens et la question de la communication. Caliste explique que, selon lui, cela ne complique pas autant qu’on l’imagine. Il indique que « ça simplifie d’ailleurs le fait que ça complique pas énormément les choses » parce que « le corp est le même que l’année dernière en terme de communication », qu’il résume autour de la structure jungle/botlane. Il précise que, dans ce cadre, on demande surtout aux sides « de te dire ce qu’ils veulent faire et ce qu’ils ont besoin » et affirme que « Canna et kyeahoo sont très bons là-dessus ». Il distingue surtout le côté scène et le côté interview, en expliquant que « quand ils sont en interview et qu’ils doivent parler anglais, ils sont un peu timides » et que cela peut les freiner. Mais il insiste sur la progression rapide de kyeahoo, en expliquant qu’« on est arrivé day 1 de scrim, il savait pas parler anglais » et que « au bout de la première semaine, il savait parler les bases de la macro ». Pour le travail du quotidien, il mentionne aussi le rôle de Reapered dans cette montée en régime, en expliquant que « Reapered… il les force à parler anglais » et que si ça ne passe pas, « il va leur parler en coréen » pour ensuite traduire.
Quand Laure bascule sur le coaching staff, Caliste prend soin de poser le cadre en disant que ce n’est « pas pour dénigrer l’ancien coaching staff » et reconnaît qu’ils ont fait « tout ce qu’ils pouvaient ». Il parle néanmoins d’un changement net cette année, en expliquant que « forcément c’est une upgrade » et résume le recrutement de Zeph sans détour en disant que « on voulait Zeph, on a eu Zeph ». Sur Reapered, il insiste surtout sur l’expérience et la manière de transmettre, en expliquant que « tu vois clairement qu’il a énormément d’expérience », et que ce qu’il apprécie particulièrement, c’est qu’« il sait surtout trouver les mots pour nous faire comprendre », avec l’objectif de donner une direction au groupe et éviter que « ça parte pas dans tous les sens ».
Il décrit aussi une relation de travail basée sur la franchise plutôt que sur un jeu de rôles. Quand Laure demande s’il y a un “good cop”, Caliste répond que « il y a pas de good cop, juste on est très honnête » et résume l’idée en disant que si l’équipe fait n’importe quoi, « on sait qu’on va se manger un savon », parce que Reapered est « juste très honnête ». Sur la prise de décision, il le décrit comme « très ouvert à ce que tout le monde dit », mais assume aussi qu’il y a des moments où « il va dire bon fait ça » et que « si le coach dit “On fait ça”, on fait ça ».
Enfin, Laure le relance longuement sur Busio, et Caliste explique d’abord que remplacer Targamas était « un risque » parce que la synergie existait déjà, et parce que « Targa… ça reste quand même un top 4 support ». Il précise ensuite ce qu’il valorise chez Busio, en mettant en avant « sa capacité à être très bon individuellement et aimer aller dans les micro détails ». Il insiste sur le travail commun et la routine quotidienne, en expliquant qu’« on discute énormément lui et moi sur le jeu », qu’« on review des games ensemble », et qu’ils reviennent « en permanence » sur leurs lanes.
Il évoque aussi un trait culturel qu’il observe, en disant que « les Américains sont extrêmement vocaux comparé aux Européens », et résume Busio comme un profil capable de « principalement tout jouer », avec des picks plus rares qu’il dit attendre plutôt en BO3/BO5. Sur son évaluation, il va plus loin en expliquant que, pour lui, Busio est « incontestablement… le meilleur support en Amérique » et qu’« en Occident en général… je pense qu’il est le meilleur », ce qui justifie son choix, puisqu’il dit que « changer Targa pour un joueur du même niveau ou moins fort… ça ferait pas de sens ».
Dans la dernière partie, Caliste revient sur son évolution personnelle et ce qu’il cherche à stabiliser. Il explique que « c’est l’année où j’ai le plus appris » et insiste sur le fait qu’au niveau LEC, la différence se joue surtout « sur les micro détails ». Il décrit aussi le changement de statut, en rappelant qu’en 2023 « personne ne me connaissait vraiment » et que le début a été plus simple à imposer, alors qu’en arrivant plus haut niveau « il y avait énormément d’attentes » et que « tout le monde savait comment jouer, mon gameplay, ce que j’allais faire ». Il relie donc sa progression à une nécessité d’adaptation permanente, au niveau, aux plans contre lui, au rythme de vie à Berlin, et résume que « j’ai énormément évolué en tant qu’humain, mais aussi en tant que joueur et ma philosophie ».
Il explique vouloir « toujours faire en sorte que je sois toujours dans une pique forme » et admet que « c’est extrêmement dur, voir impossible », tout en disant qu’il veut tendre vers cet objectif. Il prend un exemple sur sa saison passée, en disant que « mon spring… c’est probablement mon pire split… il est moyen » et que « mon summer est excellent », avant d’expliquer qu’il veut prolonger cette dynamique. Il conclut cette séquence sur un objectif simple, en disant « j’ai envie de devenir trop fort ».
Laure le relance sur la pression et les routines, et Caliste répond qu’« déjà ce qui est bien c’est que je ressens pas la pression en général ». Il cite un souvenir précis où la pression est montée, en racontant que « le seul moment où j’ai vraiment ressenti de la pression… c’était la game Jhin contre HLE », et décrit une réaction physique très marquée, « mon cœur il battait à 1000 à l’heure ». Il explique aussi un ancien réflexe, « j’arrêtais de respirer pendant que je faisais mes fights », puis ajoute que ça a changé, « je respire… je suis chill ». Il évoque ensuite des routines de respiration et de visualisation, en disant qu’ils font « un peu de méditation avant les matchs » et qu’en pause, il se pose, « tu vas fermer les yeux, tu vas respirer, essayer de visualiser ta game, ton prochain play ».
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Avant de conclure, Laure lui demande les équipes qui l’ont surpris. Caliste cite NAVI, en expliquant qu’ils « auraient dû être en 3-0 » avec de meilleures fins de partie, et note qu’en officiel « ils ont bien bounce back » malgré des scrims moins bons. Sur les équipes “surcotées”, il refuse d’en tirer des conclusions définitives dès la 1re semaine, en résumant que « dire une équipe est sur côté ou sous côté sur la première semaine… c’est bizarre » et que « il y a pas de conclusion à faire pour l’instant ».